🟠 [Chronique] Tungsten – Ashes (2026) par le Doc. 🟠  

[photo credit: Mike Norgren]
4.7
(96)

Avec Tungsten, le Heavy Metal est presque une affaire de famille. Fondé en 2016 par Anders Johansson, ancien batteur de HammerFall et d’Yngwie Malmsteen, avec ses deux fils Nick Johansson à la guitare et Karl Johansson à la basse, le groupe suédois s’est construit une identité bien particulière. Ajoutez à cette histoire la voix puissante de Mike Andersson, également connu pour Cloudscape, et vous obtenez une formation qui n’a jamais vraiment voulu choisir entre tradition et modernité.

Deux ans après The Grand Inferno, Tungsten revient avec Ashes, son cinquième album studio, publié le 9 octobre 2026 chez Perception, sous la bannière de Reigning Phoenix Music. Onze morceaux pour un peu moins de quarante minutes, avec toujours cette volonté de mélanger gros riffs, claviers modernes et refrains immédiatement accessibles.

Et autant le dire immédiatement : Tungsten ne manque ni d’idées ni d’audace.

Dès « Joker », le groupe surprend avec une introduction faisant intervenir du yodel ! Oui, vous avez bien lu. Mais derrière cette petite fantaisie se cache un morceau particulièrement efficace, porté par une rythmique puissante, des guitares bien présentes et un refrain fédérateur. On retrouve immédiatement cette manière très scandinave de faire cohabiter Heavy Metal et mélodies presque festives.

« Bite My Tongue » durcit considérablement le propos. Les guitares deviennent plus agressives, les ambiances plus sombres et Mike Andersson alterne passages mélodiques et interventions vocales nettement plus rugueuses. C’est également dans ce registre que Tungsten se montre intéressant : lorsque le groupe accepte de mettre un peu de noirceur derrière ses refrains lumineux.

Mais la véritable surprise arrive avec « Fuego Del Sol ». Voilà un titre qui risque de faire discuter les amateurs de Power Metal traditionnel ! Rythmes aux accents latino-américains, refrain partiellement chanté en espagnol et claviers particulièrement entraînants : Tungsten ose une association assez improbable.

Certains trouveront probablement cela trop léger, voire franchement décalé. Pourtant, difficile de nier son efficacité. On imagine déjà le morceau déclencher une belle ambiance en concert.

Avec « Supernova », les Suédois reviennent vers quelque chose de plus immédiatement identifiable. Le refrain est énorme, les guitares retrouvent leur mordant et la batterie d’Anders Johansson impose une assise particulièrement solide. C’est typiquement le genre de composition que Tungsten maîtrise parfaitement : suffisamment Heavy pour conserver sa crédibilité, mais assez mélodique pour accrocher dès la première écoute.

« Happy » joue davantage sur les contrastes. Malgré son titre, le morceau adopte une ambiance plus menaçante, avec des riffs appuyés et une tension qui tranche avec le côté presque joyeux de certains passages précédents. « Ted The Exorcist » poursuit cette exploration d’un Metal moderne, où les arrangements électroniques et les guitares cohabitent sans véritable complexe.

Puis arrive « Sunshine Of Fall », qui remet la mélodie au premier plan. Tungsten y retrouve ce sens du refrain qui constitue depuis We Will Rise l’une de ses principales qualités. Le groupe sait écrire des morceaux accessibles sans nécessairement renoncer à la puissance.

L’un des moments les plus attendus reste toutefois « The North Will Rise », avec la participation de Tony Kakko, chanteur de Sonata Arctica. Une rencontre qui paraît presque naturelle tant les deux formations partagent ce goût pour les mélodies scandinaves et les refrains épiques. La présence de Kakko apporte une couleur supplémentaire à un morceau qui possède tous les arguments pour séduire les amateurs de Power Metal européen.

La fin de l’album permet également de découvrir d’autres facettes du groupe. « For Thee » introduit des sonorités plus celtiques et une atmosphère moins directe, tandis que « Ruin » prépare le terrain pour « The Forge », conclusion nettement plus massive. Les riffs se font lourds, les arrangements prennent une dimension presque symphonique et Tungsten termine son album sur une note particulièrement musclée.

Ce qui frappe finalement sur Ashes, c’est cette volonté permanente de varier les plaisirs. Le groupe passe du Power Metal traditionnel à des influences plus modernes, glisse quelques touches Folk et n’hésite pas à surprendre avec des arrangements parfois inattendus.

Tout fonctionne-t-il parfaitement ? Pas forcément.

À vouloir multiplier les couleurs, Tungsten perd parfois un peu de cohérence. Certains refrains sont tellement immédiats qu’ils frôlent le côté trop facile, tandis que les claviers occupent parfois davantage de place qu’on ne le souhaiterait. Ceux qui recherchent le Power Metal plus traditionnel de HammerFall ou les envolées classiques de Sonata Arctica pourront donc rester sur leur faim.

Mais cette diversité constitue également une grande partie du charme du disque.

Avec Ashes, Tungsten confirme qu’il possède désormais une véritable identité, même si celle-ci continue de se nourrir d’influences assez diverses.

Il y a bien sûr quelque chose de HammerFall dans cette musique, ne serait-ce que par la présence d’Anders Johansson, mais réduire Tungsten à cette filiation serait une erreur. Le groupe appartient davantage à cette nouvelle génération de formations qui n’hésitent plus à mélanger Power Metal, sonorités électroniques, rythmiques modernes et mélodies presque Pop.

Et c’est précisément là que se trouve à la fois sa force et sa limite.

Car si Ashes possède plusieurs morceaux franchement accrocheurs, on aurait parfois aimé un peu moins de facilité et davantage de compositions capables de s’imposer sur la durée. Les refrains fonctionnent, les musiciens assurent et la production est particulièrement soignée, mais tous les titres ne laissent pas la même empreinte.

Reste un album généreux, énergique et surtout suffisamment varié pour éviter la monotonie.

Tungsten ne révolutionne pas le Power Metal avec Ashes, mais il rappelle qu’un groupe peut encore s’amuser avec les codes du genre sans perdre toute sa puissance.

Et finalement, un peu de folie dans le Metal, cela ne fait jamais de mal !

 

 


  1. Joker
  2. Bite My Tongue
  3. Fuego Del Sol
  4. Supernova
  5. Happy
  6. Ted The Exorcist
  7. Sunshine Of Fall
  8. The North Will Rise
  9. For Thee
  10. Ruin
  11. The Forge

Découvrir l’album:

À écouter en priorité : Joker • Bite My Tongue • Fuego Del Sol • Supernova • The North Will Rise • The Forge

Label: Perception / Reigning Phoenix Music

Note 17,5/20

Stay Tuned

Doc Olivier


Doc Olivier
Animateur
A propos: Olivier est le créateur de la radio vinylestimes et anime l'émission Last Ride le Dimanche à 18 Heures.
Président de l'association vinylestimes
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