🟠 [Chronique] Misanthrope – « Embrassement » (2026) par Harrag Melodica 🟠  

4.8
(53)

Face aux flammes de la mémoire !

Depuis plus de trente ans, Misanthrope porte une passion de bâtisseur de cathédrales musicales où se rencontrent l’Histoire de France, la noblesse, l’occultisme, la littérature décadente et les blessures humaines.

 Misanthrope ne semble pas simplement publier un nouvel album, mais plutôt un récit où les lieux, les Rois, les Reines, Saintes, démons et les morts semblent tous marcher ensemble vers cet Embrasement annoncé sur l’artwork.

Embrasement n’est pas axé sur la fin d’un monde.

La Rapière est plantée !

Misanthrope semble observer un patrimoine vacillant et s’interroger sur ce qui mérite d’être sauvé avant que les flammes et les eaux n’emportent tout.

Le groupe semble contempler un Paris royalement fragilisé, observant les édifices s’effacer et les récits anciens sombrer dans un armageddon.

Lorsque tout semble promis aux cendres des eaux.

Embrasement raconte le combat mené pour préserver sa mémoire et Misanthrope se place en véritable gardien, celui qui refuse de laisser disparaître les pierres, les livres, les croyances et les rêves bâtis par les siècles.

Seulement l’essentiel est ailleurs !

Que restera-t-il lorsque les flammes et les eaux se seront retirées ?

Le Diagnostic des Aiguilles

« Dès mon innocente enfance, j’ai courtisé les silhouettes macabres »

Voici donc une ouverture glaciale et lourde qui parle de l’enfance, la maladie, la peur de vivre et la naissance de la misanthropie, le traumatisme originel. 

Le morceau pose immédiatement l’ambiance avec des guitares sombres dans un rythme lent.

Les « aiguilles » évoquent le temps qui s’acharne, mais aussi la torture ou la folie médicale.

La voix de S.A.S. alterne entre chants viscéraux et élocutions théâtrales, annonçant que le diagnostic de l’âme humaine est sans appel.

Tic toc Tic toc...

Le titre évoque l’oeuvre de Jan Brueghel « Le Triomphe de la Mort » symbolisé par une immense armée de squelettes afin d’anéantir le monde des vivants.

Voici ce qui pourrait expliquer votre regard posé sur l’artwork…

Et si « Embrasement » racontait le sauvetage d’un héritage ?

Helloïse 

« Étincelle dans la poudrière »

La tentation?

Une épouse de Dieu attirée vers Lucifer.

La foi confrontée au désir et à la chute.

Le titre mêle habilement romantisme noir et la violence Death Metal.

Edificateur de l’Anjou

« Chroniques des guerres médiévales »

Le riff d’intro nous plonge dans les récits médiévaux de maçons et de seigneurs de l’Anjou. Musicalement, c’est très Death Thrash Metal posé dans une atmosphère de forteresse de pierre balayée par les vents.

Une superbe fresque épique parle :

Le noir Comte d’Anjou
Conquérant de l’an mil
Foulques Nerra III

« Quels souvenirs de Foulques demeurent gravés dans l’Histoire ?
À votre enterrement, ô vaillant guerrier, le peuple a beaucoup pleuré ».

A nos fils Vainqueurs

« Victoire des au-revoir »

L’histoire de ce titre parle de la bataille de Roncevaux, qui a lieu le 15 août 778, est un épisode des guerres entre le Royaumes Des Francs, dirigé depuis 768 par le Charlemagne et les Musulmans du Califat de Cordoue qui contrôlaient une grande partie de la péninsule Ibérique puis des villes côtières du sud du Royaume de France jusqu’à Arles.

Un morceau guerrier, presque solennel.

Sous ses dehors de charge héroïque, le texte cache les cycles de la guerre et les héritages de sang que l’on transmet aux générations futures.

Rapaces

« Mais l’homme infâme a toujours torturé l’animal »

S.A.S de l’Argilière peint le portrait d’un prédateur majestueux et reclus dans les montagnes, dont l’habitat est mutilé par l’homme contemporain. .

Certainement un cri du cœur, sombre et écologique.  

Voici un titre qui agit comme une transition psychologique au milieu de l’album.

Trismégiste

« Ne pouvant plus distinguer la vérité du faux »

C’est le récit Metal d’une guerre invisible contre le modernisme et l’intelligence artificielle qui bombarde l’humanité de mensonges.

C’est exactement dans le monde que nous vivons.

Ancrage

« L’important, c’est de trouver la force de continuer »

Musicalement, cette lutte intérieure se traduit par une lourdeur presque Doom, écrasante, qui monte lentement en puissance pour préparer l’auditeur au morceau suivant… 

Embrasement

« L’Odyssée des flammes »

On touche ici au cœur du brasier, S.A.S. de l’Argilière décline une poésie de la fin du monde ultra-violente, évoquant des torrents de lave, des gaz funèbres et un cataclysme digne du déluge ou des plaies d’Égypte où « même le poète choisit de s’immoler au cœur du volcan ».

Musicalement, les guitares s’enflamment pour illustrer ce grand nettoyage par le feu, avant que ne surgisse de ces cendres.

 Un hymne de destruction massive taillé pour secouer les tympans en concert.

 Comtesse Vampyr

« Féline intelligence rongeuse de tissus vivants »

Dans ce titre, S.A.S de l’Argilière, déploie sa plume dans l’imagerie baroque et macabre chère au groupe.

J’écoute l’épopée tourmentée de la célèbre Comtesse sanglante avide de « jouvence juvénile ».

A travers ce titre, je devine un voyage épique et lettré, je retrouve toute l’essence de Misanthrope, ce mélange de racines sombres et d’histoires de siècles composées de Diocèses et Royautés de France.

La suite du voyage nous emmène derrière les murs du « Couvent des Maudites ».

Le Couvent des Maudites

« Guérissant les blessures du Christ »

Ce titre pousse des lourdes portes, avec ses grincements viscéraux d’un véritable film d’esprit au thème clérical, gothique et sadique.

« Le Couvent des Maudites » nous plonge dans une ambiance de sorcellerie et de nécromancie médiévale particulièrement étouffante.

S.A.S. de l’Argilière y dépeint la tyrannie d’une « Mère supérieure » qui abuse, exploite et torture ses sœurs ensorcelées.

Le texte est d’une violence graphique inouïe, décrivant les supplices du corps et « Abusant et exploitant ses succombantes sœurs ».

Le génie du morceau est de lier cette agonie humaine à un mysticisme noir, transformant les nonnes en « Lavandières des Enfers » qui lavent le linceul du Christ dans les eaux du Styx pour effacer les vices du couvent.

Musicalement, les rythmiques lourdes et les cassures agressives accentuent ce sentiment d’enfermement et de ferveur fanatique.

L’équivalent en Suède de Misanthrope est Candlemass

Sous moi coule Léthé

Voici le ruisseau de l’oubli, qui converge au centre du monde souterrain vers un vaste marais.

Le Léthé, selon la mythologie grecque antique est un des 5 passages fluviaux vers l’enfer.

Vous comprenez l’artwork ? 

Le point d’orgue dans le titre est un réquisitoire contre la République et son Accusateur Public Robespierre :

« Encore une illusion du satanisme
Idéalisme suranné du Robespierrisme »

Les paroles de SAS de L’Argilière sont à mon sens une réponse à l’adage la plus célèbre de l’Accusateur public  :

« Je suis du peuple, je n’ai jamais été que de là, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d’être quelque chose de plus. »

SAS de L’Argilière va encore plus loin, il se décrit comme une entité « Immortel » dressée contre le geôlier de la pensée, il nous livre une poésie noire d’une puissance narrative rare, en faisant revivre la folie humaine du temps de La Terreur à la fin du Siècle des Lumières.

L’affrontement

« Envoyé sur terre par Dieu »

Le titre commence par « Un face à face sur le pont du diable »,

S.A.S contre Minotaure, l’heure du duel final a sonné…

S.A.S. s’oppose à la conscience du Mal, musicalement la fin de l’album entre dans un Metal Occulte qui prend les armes.

En lisant les paroles, je perçois la fusion entre le mythe Grec antique et une allégeance à la Fleur de Lys..

Le dénouement est d’une violence inouïe, S.A.S est piétiné avec vigueur, laissé à terre, agonisant dans le coma.

Musicalement, vous êtes au cœur de cette violence, pour illustrer chaque coup porté.

Son pronostic vital est engagé !

Epilogue

Aube Nouvelle

Jean-Jacques Moréac a ce profil de bassiste pointilleux, caler ce grain de basse massif, hyper lourd et percutant façon Jason Newsted 1989, c’est le choix parfait pour asseoir la dimension dramatique où se mélangent la transition et le deuil vers une « Aube Nouvelle » en fin d’album.

Face au chaos du monde, à la déchéance du temps puis à la folie des hommes, Misanthrope tente de sauver l’édifice de la destruction par la transformation de la pensée.

A suivre.

Misanthrope

Philippe Courtois de l’Argilière  / Chant

Jean-Jacques Moréac / Basssite

Anthony Scemama  / Guitariste

Gaël Féret  / Batteur

Harrag Melodica

Vinylestimes Classic Rock Radio

213Rock


Le diagnostic des aiguilles
Helloïse
Édificateur de l’Anjou
À nos fils vainqueurs
Rapaces
Trismégiste
Ancrage
Embrasement
Comtesse Vampyr
Le couvent des maudites
Sous moi coule le Léthé
L’affrontement
Aube nouvelle


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Harrag

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