🟠 [Chronique] Messaline – Alias Lilith par le Doc. 🟠  

4.7
(64)

Trois ans après Vieux Démons, le groupe mené par Eric Martelat pousse encore plus loin sa démarche artistique : un album concept, une narration fragmentée, et une musique qui refuse toute linéarité.


Dès les premières secondes, Alias Lilith pose ses règles : ici, pas de formatage, pas de concessions.

L’ouverture “Geisha” surprend, désoriente presque. Ambiance feutrée, touches orientales, ruptures soudaines… le morceau agit comme une clé d’entrée dans un univers instable, où chaque certitude est remise en question.
Ce refus de la facilité se retrouve tout au long du disque.

Messaline ne cherche jamais le tube évident. Le groupe préfère construire une atmosphère, installer un malaise parfois, jouer avec les contrastes.
Musicalement, l’album navigue entre plusieurs influences sans jamais se perdre. Le spectre des années 70 plane constamment : orgues vintage, guitares granuleuses, grooves organiques.

Sur “Les Piqûres d’Hadès”, cette filiation saute aux oreilles. Le morceau, plus direct, agit comme un point d’ancrage dans un album par ailleurs très mouvant.
Mais très vite, le disque replonge dans ses zones d’ombre.


“Mordorée Lilith” installe une ambiance trouble, presque rituelle. Les riffs s’étirent, les lignes vocales deviennent incantatoires. On n’écoute plus simplement une chanson : on entre dans un climat.


Avec “L’Équerre d’Hiram”, le groupe durcit le ton. Le morceau flirte avec un heavy rock sombre, évoquant par moments l’ombre de Black Sabbath. Les guitares y sont plus massives, les atmosphères plus oppressantes.
Ce qui frappe, c’est la capacité du groupe à maintenir une tension constante. Même dans ses moments les plus accessibles, Alias Lilith conserve une part d’inquiétude.


“Orion Va Se Venger” en est un bon exemple. Plus court, plus frontal, le morceau pourrait apparaître comme un simple exutoire rock’n’roll. Mais il garde cette nervosité, cette énergie presque brute qui empêche toute légèreté totale.


À l’inverse, “Komandohero” joue sur les contrastes. Intro lourde, ambiance sombre, puis ouverture vers quelque chose de plus dynamique. Ce jeu permanent entre ombre et lumière constitue l’un des fils conducteurs de l’album.
Passé son premier acte, Alias Lilith s’enfonce encore davantage dans des territoires plus progressifs.


“Pavillon Noir” étire les structures, prend le temps d’installer ses ambiances. Le morceau semble flotter, comme suspendu, presque psychédélique par moments.


“Maîstre Flamel” prolonge cette dimension ésotérique. Les références, les symboles, les atmosphères : tout participe à renforcer le caractère conceptuel du disque.


Puis vient “Constantinople”, conclusion inattendue et magistrale. Plus dépouillé, presque acoustique, le morceau agit comme une sortie du labyrinthe. Une respiration après un voyage dense, chargé, parfois déroutant.

Là où beaucoup d’albums modernes s’écoutent piste par piste, Alias Lilith se vit dans sa globalité. Il y a une logique interne, une progression, presque une narration invisible.
Messaline ne cherche pas à séduire immédiatement.

Le groupe impose son univers, quitte à dérouter. Et c’est précisément ce qui fait sa force.


Soyons clairs : Alias Lilith n’est pas un album facile.
Il demande de l’attention, du temps, plusieurs écoutes.

Mais c’est aussi ce qui le rend précieux.
Dans un paysage souvent dominé par l’efficacité immédiate, Messaline propose une alternative : un rock réfléchi, habité, presque littéraire dans son approche.


  1. Geisha
  2. Les piqûres d’Hadès
  3. Mordorée Lilith
  4. L’Equerre d’Hiram
  5. Orion Va Se Venger
  6. Komandohero
  7. Pavillon Noir
  8. Maîstre Flamel
  9. Constantinople

 

Note 15/20

Stay Tuned

Doc Olivier


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