Il y a quelque chose de particulièrement attachant chez les groupes qui traversent les décennies sans jamais renier la musique qui les a fait vibrer à leurs débuts. Steelover appartient incontestablement à cette catégorie.
Plus de quarante ans après Glove Me, album devenu culte auprès des amateurs de heavy metal belge, la formation liégeoise est toujours debout et revient avec Devil’s Highway, un nouvel album qui respire le hard rock des années 80, les amplis poussés dans le rouge et surtout le plaisir de jouer.
L’histoire de Steelover remonte au début des années 80 lorsque Pat Freson, Mel Presti et Nick “Gardi” Gagliardo commencent à construire ce qui deviendra rapidement l’une des formations prometteuses de la scène belge.
Un certain Rudy Lenners, tout juste revenu de son aventure avec Scorpions, participe aux débuts du groupe et recommande le chanteur Vince Cardillo. L’alchimie fonctionne et conduit à la sortie de Glove Me en 1984 chez Mausoleum Records.
Steelover se retrouve même sur la scène de Forest National aux côtés de Bon Jovi et KISS. Une sacrée carte de visite. L’aventure connaît ensuite plusieurs bouleversements.
Un deuxième album est enregistré avec Dani Klein au chant mais ne verra finalement jamais officiellement le jour. Klein et Mel Presti partiront ensuite former Vaya Con Dios et Steelover disparaîtra progressivement des radars.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais le rock possède parfois une mémoire tenace. Après une première réapparition en 2017 et le départ définitif de Rudy Lenners de la scène deux ans plus tard, les anciens compagnons reprennent véritablement l’aventure.
Stainless, publié en 2022, démontre alors que Steelover n’est pas revenu uniquement pour célébrer son passé.
Quatre ans plus tard, Devil’s Highway confirme cette impression avec onze nouvelles compositions et un groupe qui semble plus déterminé que jamais.
Dès “Devil’s Call”, les intentions sont limpides. Les guitares de Pat Freson et Lucio Farina prennent immédiatement possession du terrain, soutenues par une section rythmique particulièrement solide.
Au chant, Vince Cardillo possède toujours cette voix légèrement rugueuse qui convient parfaitement à l’univers de Steelover. Le groupe ne cherche pas à moderniser artificiellement son identité. On retrouve immédiatement ce mélange entre hard rock et heavy metal européen qui rappelle forcément par instants Saxon, Accept ou le Scorpions des années 80.
Mais Steelover possède également un véritable sens de la mélodie et “Sing Along This Song” le démontre parfaitement. Comme son titre le laisse deviner, le morceau repose sur un refrain fédérateur qui semble conçu pour être repris par le public. Il y a quelque chose de simple et de profondément efficace dans cette façon d’écrire. Pas besoin d’une accumulation d’effets ou de démonstrations techniques : un bon riff, une mélodie solide et un refrain suffisent parfois largement.
“Chains Of Love” poursuit dans cette direction avec un hard rock très eighties, mais sans jamais donner l’impression d’écouter une caricature nostalgique. La production conserve suffisamment de puissance pour replacer Steelover en 2026 tout en respectant l’esprit des compositions. Les guitares restent évidemment au centre du jeu, mais elles laissent suffisamment d’espace à la voix et à la section rythmique pour que l’ensemble respire.
L’un des très bons moments du disque arrive avec “My Pride”. Plus mélodique et plus posé, le morceau permet à Vince Cardillo de montrer une autre facette de son registre. L’interprétation gagne en émotion et les guitares privilégient davantage le feeling. Cette capacité à varier les ambiances devient rapidement l’une des qualités de Devil’s Highway. Steelover ne cherche pas à maintenir les amplificateurs à onze pendant cinquante minutes.
Le groupe sait également ralentir le rythme et laisser parler les mélodies. On retrouve cette approche sur “Scared To Be Alone”, autre composition particulièrement intéressante où le tandem Freson/Farina fonctionne à merveille. Les deux guitaristes ne cherchent pas constamment à occuper le même espace et leurs interventions se complètent intelligemment. L’un construit, l’autre colore, puis les rôles s’inversent. Cette complémentarité apporte beaucoup de relief aux chansons.
Mais ceux qui préfèrent Steelover lorsqu’il montre les muscles seront rapidement rassurés par “Out Of A Living Hell”. Plus direct et plus nerveux, le morceau remet clairement le heavy metal au centre des débats.
La basse de Nick Gagliardo et la batterie de Nicolas “Nikko Popoulos” Konikiewicz donnent au titre une assise particulièrement efficace. Voilà un morceau que l’on imagine sans difficulté prendre une toute autre dimension sur scène.
“Bleeding Pain” poursuit dans un registre plus sombre. Avec ses cinq minutes trente, Steelover prend davantage le temps d’installer son atmosphère et laisse les guitares développer leurs idées.
Ce goût pour les compositions légèrement plus ambitieuses atteint son sommet avec “The Doorway Effect”, le morceau le plus long de l’album. Pendant près de six minutes, le groupe sort du traditionnel format hard rock pour développer une pièce plus construite, où les différentes ambiances ont le temps de s’installer. C’est probablement l’une des chansons les plus intéressantes de Devil’s Highway, précisément parce qu’elle montre que Steelover peut aller au-delà de ses recettes habituelles.
Après le plus ramassé “Canyon”, “Keep On Running” remet la machine en mouvement avec un titre dont le nom pourrait presque résumer l’histoire du groupe. Continuer à courir, continuer à jouer, continuer malgré les décennies, les changements de musiciens et les périodes d’interruption.
Plus de quarante ans après Glove Me, Steelover est toujours là. Et à l’écoute de ce morceau, on comprend rapidement que les Belges n’ont aucune intention de garer définitivement la machine.
Il reste alors “Rock Bottle” pour refermer l’album. Un titre sans prétention excessive, mais rempli de cette énergie rock’n’roll qui traverse l’ensemble du disque. Après les morceaux plus lourds et les passages plus mélodiques, Steelover revient finalement à l’essentiel : quelques amplis, des guitares et l’envie de jouer. Difficile d’imaginer conclusion plus appropriée.
La production de Devil’s Highway mérite également d’être soulignée. Le groupe s’est chargé de la production tandis que Fredrik Folkare a assuré le mixage et le mastering. Son travail réussit précisément ce dont Steelover avait besoin : conserver le parfum des années 80 sans donner l’impression d’écouter un disque enregistré il y a quarante ans.
Les guitares sont puissantes, la batterie possède de l’impact et la basse conserve suffisamment de présence dans le mix.
Surtout, la production évite cette compression excessive qui transforme parfois les albums de hard rock contemporains en murs sonores sans dynamique.
Au fond, Devil’s Highway fonctionne parce que Steelover ne cherche jamais à être autre chose que Steelover. Les Belges n’ont aucune raison de courir derrière les tendances et encore moins de transformer leur musique pour essayer de séduire artificiellement un nouveau public. Ils jouent simplement le hard rock et le heavy metal qu’ils aiment. Et cette sincérité s’entend.
On retrouve évidemment l’ombre de Saxon, Scorpions ou Accept, mais derrière ces influences parfaitement assumées apparaît surtout un groupe qui possède suffisamment d’expérience pour savoir exactement où il veut aller. Pat Freson, Vince Cardillo et Nick Gagliardo portent avec eux une histoire commencée au début des années 80, tandis que Lucio Farina et Nikko Konikiewicz apportent l’énergie nécessaire pour empêcher Steelover de devenir un simple hommage à son propre passé.
Quatre ans après Stainless, Devil’s Highway confirme donc que le retour de Steelover était loin d’être un feu de paille.
“Devil’s Call” donne immédiatement le ton, “My Pride” dévoile le visage plus mélodique du groupe, “Out Of A Living Hell” rappelle ses racines heavy et “The Doorway Effect” démontre qu’il reste encore quelques envies d’exploration sous le capot.
Steelover n’invente rien avec cet album. Mais lorsqu’un groupe possède de bonnes chansons, de bons musiciens et toujours cette envie de monter le volume après plus de quatre décennies, est-il vraiment nécessaire d’en demander davantage ?
Les Titres:
Note 17/20
Stay Tuned
Doc Olivier
