🟠 [Chronique] Grand – Guilty Pleasure (2026) par le Doc. 🟠  

4.7
(88)

Il y a des titres d’albums qui résument parfaitement leur contenu. Avec Guilty Pleasure, Grand assume sans détour son amour pour les grandes mélodies, les claviers étincelants, les refrains gigantesques et cette production léchée qui constituait l’essence même de l’AOR des années 80.

Sauf qu’ici, le terme « plaisir coupable » paraît presque mal choisi. Car lorsque le melodic rock est interprété avec autant de conviction, pourquoi faudrait-il se sentir coupable d’aimer ça ? Mais Guilty Pleasure marque une évolution importante.

Depuis 2025, Grand n’est plus un trio mais un véritable groupe de cinq musiciens. Olofsson et Svensson sont désormais rejoints par Maja Thorén aux claviers, Johannes Arvidsson à la basse et Axel Nilsson à la batterie. Et cette évolution s’entend. Le disque possède davantage de profondeur et surtout une dynamique de groupe qui lui permet de dépasser le simple projet studio.

Grand revendique d’ailleurs un mélange d’AOR, de rock et de pop des années 80 enveloppé dans une production moderne.

L’ouverture avec « Wild Heart » donne immédiatement raison au groupe. Le morceau repose sur un superbe motif de clavier qui accompagne pratiquement toute la composition. Grand y mélange melodic rock, AOR et quelques couleurs synthwave particulièrement réussies. Derrière son énergie lumineuse se cache une histoire plus nostalgique autour d’un amour d’adolescence perdu et de cette éternelle question : les contraires s’attirent-ils vraiment ? C’est le groupe lui-même qui décrit ainsi le morceau, et cette dualité entre mélancolie et énergie fonctionne à merveille.

Le morceau-titre « Guilty Pleasure » pousse encore plus loin cette célébration assumée des années 80. Les claviers sont omniprésents, les guitares de Jakob Svensson apportent le mordant nécessaire et Mattias Olofsson démontre pourquoi sa voix est l’un des principaux atouts de Grand. Puissante lorsqu’il faut monter dans les tours, beaucoup plus nuancée sur les passages mélodiques, elle possède surtout suffisamment de personnalité pour éviter la comparaison permanente avec les grandes voix du passé.

Et des références, il y en a forcément. Foreigner, Toto, Starship, Giant ou Mr. Big font partie des influences revendiquées depuis les débuts de Grand. Mais trois albums plus tard, les Suédois commencent justement à dépasser le simple jeu des comparaisons.

« Have A Little Faith In Me » permet de ralentir légèrement le rythme et de mettre davantage l’accent sur l’émotion. Grand maîtrise parfaitement cette recette où les couplets construisent progressivement la tension avant l’arrivée d’un refrain beaucoup plus ample. Les claviers de Maja Thorén jouent ici un rôle essentiel : plutôt que de simplement remplir l’arrière-plan, ils donnent une véritable couleur aux compositions.

« Coldhearted » remet davantage de guitares dans la machine. Jakob Svensson, qui assure également la production de l’album, possède cette faculté à donner suffisamment de puissance aux riffs sans jamais faire basculer Grand dans le hard rock pur et dur. L’équilibre est important : les guitares doivent conserver leur mordant, mais chez Grand, la mélodie reste toujours reine.

Puis arrive « Party Galore », dont le titre annonce assez clairement le programme. Ici, aucune introspection : Grand ouvre les fenêtres, monte le volume et assume totalement son côté festif. C’est léger, énergique et terriblement efficace. Certains trouveront peut-être l’ensemble trop sucré. Les autres auront déjà commencé à reprendre le refrain.

Avec « Still So Beautiful », Grand retrouve son visage plus sentimental. Voilà typiquement le genre de composition où Mattias Olofsson peut faire la différence. L’AOR a toujours eu besoin de grandes voix pour transformer une ballade ou un mid-tempo en moment réellement mémorable, et le chanteur possède cette capacité à apporter de l’émotion sans tomber dans le mélodrame. La deuxième moitié de l’album confirme cette impression de maîtrise.

« I’m Ready » retrouve davantage d’énergie et semble taillé pour la scène, tandis que « Undo » joue davantage sur les atmosphères. C’est également là que le passage de Grand au format quintette prend tout son sens. La basse de Johannes Arvidsson et la batterie d’Axel Nilsson apportent une véritable assise aux chansons et permettent au tandem guitare/claviers de disposer de beaucoup plus d’espace.

« Amelie » constitue un autre joli moment de l’album. Grand possède décidément un goût prononcé pour les morceaux construits autour d’un prénom — on se souvient notamment de « Caroline » sur le premier disque — et cette nouvelle composition renoue avec cette fibre narrative et romantique qui convient particulièrement bien à la formation

Avec « Beggin’ », les Suédois remontent une dernière fois le niveau d’énergie avant que « Love Me Or Leave Me » ne vienne refermer l’album. Et difficile d’imaginer titre plus AOR que celui-là ! Tout y est : les sentiments, les guitares, les claviers et cette volonté permanente de construire une mélodie suffisamment forte pour survivre une fois la chanson terminée.

C’est finalement la grande réussite de Guilty Pleasure.

Grand ne cherche absolument pas à réinventer l’AOR. Le groupe sait parfaitement que d’autres ont posé les fondations il y a quarante ans. Il préfère prendre cet héritage, lui donner une production contemporaine et surtout écrire des chansons capables de fonctionner aujourd’hui.

La production de Jakob Svensson joue évidemment un rôle important. Tout est propre, large, précis et parfois presque cinématographique, sans que les compositions disparaissent sous une avalanche d’effets.

Surtout, Guilty Pleasure confirme la progression de Grand.

Le premier album présentait un nouveau projet prometteur. Second To None consolidait cette identité. Ce troisième disque bénéficie maintenant d’un véritable groupe et cette évolution pourrait bien constituer le déclic qui lui permettra de franchir un nouveau cap.

Bien sûr, ceux qui considèrent l’AOR comme une musique trop propre, trop mélodique ou trop attachée aux années 80 ne changeront probablement pas d’avis ici.

Mais pour les amateurs de Foreigner, Toto, Giant, Work Of Art, Perfect Plan ou Brother Firetribe, l’album possède pratiquement tout ce que l’on peut attendre du genre. De grands refrains. De belles guitares. Des claviers généreux. Une excellente voix. Et surtout des chansons.


Les Titres:

1. Wild Heart
2. Guilty Pleasure
3. Have A Little Faith In Me
4. Coldhearted
5. Party Galore
6. Still So beautiful
7. I’m Ready
8. Undo
9. Amelie
10. Beggin’
11. Love Me Or Leave Me

Note 18/20

Stay Tuned

Doc Olivier


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