Il y a des voix qui ne vieillissent pas. Des voix qui, dès les premières notes, réveillent des souvenirs, des émotions et parfois même quelques belles années de notre jeunesse. Celle de Bryan Adams appartient incontestablement à cette catégorie.
On a tous quelque part dans un coin de notre mémoire un morceau du Canadien. Run To You, Summer Of ’69, Heaven, Cuts Like A Knife ou encore Somebody. Des chansons qui ont accompagné plusieurs générations et qui continuent de faire leur petit effet dès que les premières notes résonnent.
Mais avec How’s It Goin’, Bryan Adams ne cherche pas à reproduire les recettes de Reckless ou de Waking Up The Neighbours. Cette fois, il emprunte un chemin différent, plus intime, plus narratif, avec une envie évidente de revenir à ses racines.
Après Roll With The Punches, paru en 2025, et son Rock énergique, Bryan Adams nous propose un voyage musical à travers le Canada. Un album qui regarde du côté du Folk, de la Country et de ce Rock nord-américain chaleureux qui privilégie les histoires, les mélodies et les émotions.
Et finalement, quoi de plus naturel pour un artiste qui a parcouru le monde pendant plus de quarante ans que de consacrer quelques chansons à son propre pays ?
Avec « Highway 16 », Bryan Adams évoque ces longues routes canadiennes qui semblent ne jamais finir. On imagine facilement les paysages qui défilent, les kilomètres avalés et cette sensation de liberté que seuls les grands espaces peuvent procurer. Une thématique qui s’accorde parfaitement avec son univers musical.
« Diesel And Dirt » poursuit cette exploration des routes et de la vie quotidienne, avec un esprit plus terrien, presque Americana. Ce n’est plus nécessairement le Bryan Adams des grandes productions radiophoniques, mais celui qui semble vouloir retrouver une certaine simplicité dans l’écriture.
Et c’est justement cette approche qui rend le projet intéressant.
Car Bryan Adams a toujours possédé ce talent particulier pour écrire des chansons immédiatement accessibles. Même lorsqu’il s’éloigne du Rock musclé de ses débuts, il conserve ce sens de la mélodie qui fait toute la différence.
Avec « Canada’s Wild Eastern Edge », il nous entraîne vers les paysages de l’est canadien. Une manière de rappeler que le Canada ne se résume pas à quelques grandes villes, mais possède aussi une identité façonnée par ses territoires, ses traditions et ses habitants.
Le propos devient plus historique avec « The Battle Of Lundy’s Lane », qui revient sur un épisode de la guerre de 1812. Une orientation inhabituelle pour Bryan Adams, mais qui témoigne de sa volonté de construire un véritable album thématique plutôt qu’une simple succession de chansons.
Autre titre particulièrement intéressant, « 51st State », dans lequel le musicien aborde avec humour et ironie les discours évoquant une éventuelle intégration du Canada aux États-Unis. Derrière cette approche volontairement légère se dessine un attachement évident à l’identité canadienne.
Et puis il y a « The Ballad Of Terry Fox ». Difficile de trouver une histoire plus emblématique du courage et de la détermination. En 1980, Terry Fox, amputé d’une jambe à la suite d’un cancer, entreprend de traverser le Canada en courant afin de récolter des fonds pour la recherche. Son Marathon de l’espoir deviendra un symbole national.
En lui consacrant une chanson, Bryan Adams rappelle que la musique peut aussi servir à transmettre une mémoire collective et à rendre hommage à des personnalités dont le parcours dépasse largement les frontières de leur pays.
Avec « Lake Ontario », proposé comme titre bonus numérique, l’album prend également une dimension plus engagée. Le chanteur ne se contente donc pas de célébrer les paysages et les souvenirs : il semble aussi vouloir évoquer les préoccupations contemporaines de son pays.
Musicalement, cette orientation pourra certainement surprendre une partie de son public.
Ceux qui espèrent retrouver les guitares mordantes de Run To You ou l’énergie de Kids Wanna Rock risquent de découvrir un Bryan Adams plus posé, davantage tourné vers les ambiances et les textes.
Mais faut-il vraiment lui demander de refaire éternellement les mêmes albums ?
Après toutes ces années, Bryan Adams possède suffisamment de classiques pour ne plus avoir à courir après un nouveau tube. Et c’est peut-être précisément cette liberté qui lui permet aujourd’hui d’explorer d’autres territoires musicaux.
D’ailleurs, cette facette plus acoustique et intimiste n’est pas totalement nouvelle chez lui. Ceux qui connaissent ses prestations dépouillées savent à quel point sa voix fonctionne merveilleusement bien lorsqu’elle n’est accompagnée que de quelques instruments.
Sa force reste cette voix légèrement éraillée, cette manière de raconter les histoires sans artifice et cette capacité à faire passer une émotion avec une mélodie apparemment toute simple.
Ce que je trouve particulièrement intéressant avec How’s It Goin’, c’est que Bryan Adams semble avoir choisi de privilégier le plaisir de raconter plutôt que la recherche du refrain imparable.
Bien sûr, je reste profondément attaché au Bryan Adams des années 80. Celui de You Want It, You Got It, Cuts Like A Knife, Reckless et Into The Fire. Cette période où ses guitares, sa voix et ses mélodies formaient un cocktail absolument irrésistible.
Mais j’apprécie également les artistes capables de faire évoluer leur musique sans renier leur identité.
Et dans le cas de Bryan Adams, cette évolution paraît assez naturelle. Le musicien a toujours été un formidable interprète, mais également un auteur sensible aux histoires humaines, aux souvenirs et aux émotions du quotidien.
Avec ce nouvel album, il semble simplement vouloir donner davantage de place à cette dimension.
Reste évidemment à découvrir l’ensemble du disque pour juger pleinement de la qualité des compositions, de leur diversité et de leur capacité à maintenir l’attention sur toute la durée.
Car un beau concept ne suffit pas à faire un grand album. Il faut aussi des chansons qui tiennent la route, des mélodies qui marquent et quelques moments capables de nous donner envie d’y revenir.
Mais une chose est certaine : Bryan Adams n’a plus besoin de prouver qu’il sait écrire des hymnes Rock. Aujourd’hui, il peut aussi se permettre de raconter des histoires.
Et après tout, n’est-ce pas aussi cela, vieillir intelligemment dans le Rock ? Ne pas chercher désespérément à retrouver ses vingt ans, mais continuer à écrire avec la même sincérité, simplement avec un regard différent sur le monde.
Avec How’s It Goin’, Bryan Adams nous rappelle qu’un grand voyage ne nécessite pas forcément des guitares saturées et des refrains gigantesques. Parfois, une voix, une mélodie et une bonne histoire suffisent à nous emmener très loin.
Et franchement, lorsqu’on possède une voix comme la sienne, pourquoi se priver de raconter encore quelques belles histoires ?
- How’s It Goin’
- Highway 16
- Diesel and Dirt
- The Battle of Lundy’s Lane
- The Ballad of Terry Fox
- 51st State
- When Canada Joined Newfoundland
- A Handful of Gold
- Iron Ribbon
- The Bridge
- Canada’s Wild Eastern Edge
- Heave Away
- Lake Ontario — bonus numérique
À découvrir : How’s It Goin’ • Highway 16 • 51st State • The Ballad Of Terry Fox • Lake Ontario
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Doc Olivier
