🟠 [Chronique] Tokyo Blade – Hoist The Colours High (2026) par le Doc. 🟠  

4.7
(89)

Il y a quelque chose de profondément réjouissant à voir Tokyo Blade toujours debout en 2026. Lorsque l’on évoque la NWOBHM, les mêmes noms reviennent naturellement : Iron Maiden, Saxon, Def Leppard, Diamond Head ou Tygers Of Pan Tang.

Mais derrière ces locomotives se cache toute une génération de groupes qui a contribué à construire cette formidable scène britannique. Tokyo Blade en fait incontestablement partie et, plus de quarante ans après ses débuts, la formation possède toujours suffisamment de passion pour continuer à écrire son histoire.

Avec Hoist The Colours High, Tokyo Blade ne cherche d’ailleurs pas à transformer son passé en argument commercial.

Le groupe préfère faire ce qu’il sait faire depuis 1982 : jouer du heavy metal britannique, avec des guitares, des mélodies et cette énergie particulière qui distinguait déjà ses premiers albums. L’histoire commence dans le Wiltshire au début des années 80.

Après plusieurs changements de nom, le groupe adopte définitivement celui de Tokyo Blade et publie en 1983 un premier album devenu depuis une petite référence de la NWOBHM.

L’année suivante, Night Of The Blade confirme tout le potentiel de la formation. La carrière sera ensuite beaucoup plus chaotique, faite de changements de chanteurs, de séparations et de reformations, mais Andy Boulton restera l’homme autour duquel l’esprit Tokyo Blade continuera de vivre.

Le retour d’Alan Marsh, chanteur des origines, a également permis au groupe de retrouver une partie essentielle de son identité.

Et cette association entre la voix de Marsh et les guitares de Boulton constitue encore aujourd’hui l’un des principaux plaisirs de Hoist The Colours High.

Dès “Screaming Evil”, Tokyo Blade montre qu’il n’est pas revenu pour jouer les anciens combattants. Le riff attaque immédiatement, la section rythmique pousse le morceau vers l’avant et Alan Marsh impose une voix naturellement marquée par les années mais qui possède justement énormément de caractère. Personne n’attend évidemment qu’il chante comme en 1983. Ce grain plus rugueux apporte au contraire une authenticité parfaitement adaptée au Tokyo Blade actuel.

“Too Wired To Sleep” ne laisse pratiquement aucun répit. Plus nerveux encore, le morceau possède cette urgence typique du heavy metal britannique des années 80. Pourtant, la production évite intelligemment de transformer l’ensemble en exercice rétro. Tokyo Blade conserve ses racines mais sonne comme un groupe vivant en 2026.

Avec “Get Me Outa This”, le hard rock reprend légèrement le dessus. Le morceau est plus immédiatement accessible et permet surtout de rappeler que Tokyo Blade a toujours possédé un sens de la mélodie supérieur à celui de nombreuses formations issues de la NWOBHM.

Puis arrive “Hoist The Colours High”, véritable pièce maîtresse de l’album. Le titre pourrait presque devenir la devise du groupe. Hisser les couleurs, continuer à défendre sa musique et ne jamais abandonner malgré les années et les difficultés : difficile de trouver meilleure manière de résumer la carrière de Tokyo Blade. Musicalement, le morceau retrouve une dimension plus épique. Les guitares prennent de l’ampleur et le refrain possède ce caractère fédérateur que l’on imagine immédiatement fonctionner sur scène.

Cette notion de résistance traverse également “I’m Gonna Rise”. Là encore, impossible de ne pas établir un parallèle avec l’histoire du groupe. Tokyo Blade est tombé et s’est relevé tellement de fois que ce genre de déclaration possède forcément une résonance particulière. Heureusement, la chanson fonctionne également indépendamment de toute interprétation autobiographique grâce à un excellent travail de guitare et un refrain particulièrement efficace.

“Sweet Desolation” apporte ensuite une respiration bienvenue. Plus sombre et davantage mélodique, le morceau permet à Andy Boulton de privilégier le feeling. C’est aussi dans ce registre que l’on mesure tout ce que le guitariste continue d’apporter à Tokyo Blade. Ses solos ne cherchent jamais la performance pour la performance. Quelques notes bien placées suffisent souvent à donner une véritable identité à une chanson.

Avec “When The Hammer Falls”, le heavy metal reprend brutalement ses droits. Le riff, la rythmique martiale et cette atmosphère profondément britannique nous ramènent forcément aux racines de la NWOBHM. Mais là encore, Tokyo Blade évite le piège du pastiche. Le groupe ne joue pas cette musique parce que les années 80 sont redevenues à la mode : il la joue simplement parce qu’elle constitue son ADN.

Et puis il y a “Last Man Standing”. Difficile de ne pas voir dans ce titre un symbole de toute une génération. Combien de groupes apparus au début des années 80 sont encore capables, plus de quatre décennies plus tard, de publier régulièrement de nouveaux albums ? Tokyo Blade n’a jamais atteint le statut commercial d’Iron Maiden ou Saxon, mais cette longévité force le respect. Le morceau possède justement ce mélange de détermination et de mélodie qui convient parfaitement à son titre.

La seconde moitié du disque ne cherche pas à modifier radicalement la formule. “This Time” privilégie davantage les mélodies, tandis que “Mr. Nobody” retrouve un ton plus rugueux. “Don’t Need No Enemies” va directement à l’essentiel avec son riff simple et son refrain immédiatement mémorisable.

L’une des surprises arrive avec “Devil In The Red Mist”. Plus sombre et presque inquiétant, le morceau permet à Tokyo Blade de sortir légèrement de son terrain habituel. Les guitares installent davantage une atmosphère qu’elles ne cherchent à simplement multiplier les riffs. Cette variation apporte une profondeur bienvenue à la dernière partie du disque et en fait l’un de ses titres les plus intéressants.

“She Was A Soldier” poursuit cette orientation plus narrative et épique. Alan Marsh se montre particulièrement convaincant lorsqu’il privilégie l’interprétation plutôt que la puissance pure, tandis que les guitares retrouvent cette dimension mélodique qui a toujours constitué l’une des signatures du groupe.

Il reste finalement “Wasting My Time” pour refermer ce généreux album de quatorze morceaux. Et son titre possède presque quelque chose d’ironique. Car s’il y a bien une impression que Hoist The Colours High ne donne jamais, c’est celle d’un groupe en train de perdre son temps.

Depuis quelques années, Tokyo Blade connaît une remarquable période de stabilité créative. Dark Revolution, Fury puis Time Is The Fire avaient déjà démontré que le groupe ne souhaitait pas uniquement vivre sur Night Of The Blade. Ce nouvel album prolonge cette dynamique et confirme qu’il existe bel et bien un Tokyo Blade contemporain.

C’est probablement le point essentiel. Bien sûr, on retrouve partout l’héritage de la NWOBHM. Les harmonies de guitares, les riffs, les rythmiques et cette façon très britannique de mélanger heavy metal et hard rock sont profondément enracinés dans les années 80. Il serait absurde pour Tokyo Blade d’essayer de renier cette identité.

Mais Hoist The Colours High n’est pas une tentative de refaire 1984. C’est un album de Tokyo Blade en 2026. Andy Boulton reste naturellement le capitaine du navire et son jeu constitue toujours l’un des principaux arguments du groupe.

À ses côtés, Alan Marsh apporte quelque chose qu’aucun nouveau chanteur ne pourrait réellement reproduire : une connexion directe avec l’histoire de Tokyo Blade.

Et finalement, c’est peut-être cela qui rend ce disque aussi attachant. On n’écoute pas seulement des vétérans reproduire la musique de leur jeunesse. On entend des musiciens qui ont vécu cette histoire et qui continuent simplement de l’écrire. Tokyo Blade n’a évidemment plus rien à prouver quant à sa place dans l’histoire de la NWOBHM.

Celle-ci est acquise depuis longtemps. La véritable question était plutôt de savoir si, plus de quarante ans après ses débuts, le groupe possédait encore suffisamment d’inspiration pour justifier un nouvel album.

Hoist The Colours High répond largement par l’affirmative. Le temps passe, les modes changent et les générations se succèdent. Mais quelque part en Angleterre, quelques irréductibles continuent de brancher leurs guitares et de défendre cette musique avec la même conviction.

Le pavillon de Tokyo Blade flotte donc toujours. Et personne ne semble encore prêt à le mettre en berne.


Les Titres:

01. Screaming Evil
02. Too Wired To Sleep
03. Get Me Outa This
04. Hoist The Colours High
05. I’m Gonna Rise
06. Sweet Desolation
07. When the Hammer Falls
08. Last Man Standing
09. This Time
10. Mr. Nobody
11. Don’t Need No Enemies
12. Devil in the Red Mist
13. She Was A Soldier
14. Wasting My Time

Note 15/20

Stay Tuned

Doc Olivier


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