Il y a des groupes dont le nom restera éternellement associé à une époque. Pour Tygers Of Pan Tang, ce sont évidemment les premières années de la NWOBHM, lorsque Wild Cat (1980), Spellbound (1981) et Crazy Nights (1981) installaient les Britanniques parmi les formations essentielles de cette nouvelle vague métallique.
Mais réduire les Tygers à leur glorieux passé serait aujourd’hui une erreur. Depuis plusieurs albums, le groupe de Robb Weir connaît une seconde jeunesse particulièrement convaincante.
Avec Electrifyed, disponible chez Mighty Music, Tygers Of Pan Tang enfonce encore un peu plus le clou. Dix titres, environ 47 minutes et une volonté affichée dès les sessions d’enregistrement : retrouver un son plus lourd et plus agressif, tout en conservant cette dimension mélodique qui a toujours distingué le groupe. Jack Meille résume d’ailleurs l’état d’esprit avec une formule simple : « the heavier, the better ».
Et « Rise Up! » ne laisse planer aucun doute. Après son introduction, les guitares prennent rapidement le contrôle. Le morceau possède ce mélange de heavy metal britannique traditionnel, de mélodie et de puissance qui rappelle immédiatement d’où viennent les Tygers. Mais la production évite heureusement de transformer Electrifyed en exercice nostalgique. Nous sommes bien en 2026.
« Forevermore » met davantage l’accent sur la mélodie. Le refrain fonctionne immédiatement et Jack Meille démontre une nouvelle fois combien sa voix est devenue importante dans l’identité moderne du groupe. Il possède suffisamment de puissance pour accompagner les passages les plus heavy, mais également cette couleur légèrement rocailleuse qui convient parfaitement au hard rock des Tygers.
Avec « The Powers That Be », les guitares reprennent sérieusement du poids. Et c’est l’une des bonnes nouvelles de cet album : Robb Weir semble prendre un plaisir évident à remettre les riffs au centre du jeu.
À ses côtés apparaît pour la première fois sur disque le nouveau guitariste John Foottit, qui succède à Francesco Marras. L’association fonctionne particulièrement bien et redonne à Tygers Of Pan Tang cette attaque à deux guitares indispensable à son ADN.
« Dark Divinity » est l’une des belles réussites de l’album. Plus sombre, doté d’un excellent groove et d’un refrain qui reste rapidement en tête, le morceau démontre surtout que le groupe peut durcir son propos sans sacrifier les mélodies. C’est justement là que Electrifyed trouve son meilleur équilibre.
Arrive alors « Electrifyed », morceau-titre et véritable déclaration d’intention. Robb Weir présente d’ailleurs ce nouvel album comme un disque de heavy metal « imprégné de la fin des années 70, parfumé par les années 80 », mais destiné à être écouté aujourd’hui. Une phrase qui résume parfaitement l’approche adoptée ici. L’introduction parlée installe l’atmosphère avant que les guitares prennent possession du morceau, avec en prime un solo de Marco Angioni, également producteur de l’album.
La seconde moitié ne baisse pas vraiment la garde. « A Shadow Of Fire » conserve cette orientation heavy et mélodique avant que « The Nail » ne ralentisse légèrement le tempo. Avec son introduction atmosphérique et son rythme presque hypnotique, le titre constitue l’un des moments les plus intéressants du disque. On y retrouve cette manière très NWOBHM de construire une tension sans forcément jouer plus vite ou plus fort que tout le monde.
« The Fight Goes On » porte particulièrement bien son nom. Plus direct, le morceau remet l’énergie au premier plan avant « Dark Skies », plus lourd et massif. Enfin, « Revenge Is Sweet » referme l’album et permet une dernière fois à la paire Weir/Foottit de rappeler que, chez Tygers Of Pan Tang, les guitares restent les patronnes.
C’est finalement la grande réussite d’Electrifyed.Tygers Of Pan Tang aurait facilement pu essayer de fabriquer artificiellement un nouveau Spellbound. Le groupe préfère retrouver l’état d’esprit de ses débuts plutôt que d’en recopier le son.
La différence est essentielle.On retrouve les riffs, les harmonies de guitares, les refrains mélodiques et cette énergie propre au heavy metal britannique du début des années 80. Mais le son est suffisamment moderne et puissant pour éviter l’impression d’écouter un groupe enfermé dans son musée.
Tout n’atteint évidemment pas le niveau des classiques historiques. Spellbound reste Spellbound, et vouloir comparer systématiquement chaque nouveau disque à un monument vieux de quarante-cinq ans serait particulièrement injuste. Quelques passages d’Electrifyed sont également plus classiques et prévisibles que d’autres.
Mais lorsque « Rise Up! », « Dark Divinity », « The Nail » ou « The Fight Goes On » font parler les guitares, difficile de ne pas sourire.
Près d’un demi-siècle après la formation du groupe à Whitley Bay, Robb Weir est toujours là, guitare en main. Et c’est probablement l’image qu’il faut retenir d’Electrifyed.
Tygers Of Pan Tang n’a plus rien à prouver. Son nom appartient déjà à l’histoire de la NWOBHM. Pourtant, plutôt que de simplement célébrer Wild Cat et Spellbound jusqu’à la fin des temps, le groupe continue d’enregistrer, de chercher de nouveaux riffs et surtout de défendre un heavy metal vivant. Electrifyed n’est donc pas une révolution.
C’est quelque chose de beaucoup plus simple : un bon gros disque de heavy metal britannique, mélodique lorsqu’il le faut, plus agressif lorsqu’il le peut et porté par des musiciens qui semblent toujours prendre énormément de plaisir à brancher leurs amplis.
Découvrir l’album:
À écouter en priorité : Rise Up! • Forevermore • The Powers That Be • Dark Divinity • The Nail • The Fight Goes On.
1 – Rise Up!
2 – Forevermore
3 – The Powers That Be
4 – Dark Divinity
5 – Electrifyed
6 – A Shadow On Fire
7 – The Nail
8 – The Fight Goes On
9 – Dark Skies
10 – Revenge Is Sweet
Note 18/20
Stay Tuned
Doc Olivier



