🟠 [Chronique] Ian Parry’s Consortium ProjectVI – Legacy Of Empires (2026) par le Doc. 🟠  

4.7
(90)

Il existe des projets qui dépassent rapidement le cadre d’un simple groupe. Consortium Project en fait partie. Lorsque Ian Parry lance l’aventure en 1999, le chanteur britannique possède déjà un solide parcours derrière lui, notamment avec Hammerhead, Vengeance et surtout Elegy. Son idée est alors de réunir autour de lui différents musiciens pour construire une œuvre ambitieuse mêlant heavy metal, progressif, power metal et narration conceptuelle.

Plus d’un quart de siècle plus tard, nous voici arrivés au sixième volet avec Legacy Of Empires. Et l’album possède une saveur particulière : Ian Parry le présente comme le chapitre final de la saga Consortium Project, tout en célébrant ses 45 années de carrière professionnelle. Autant dire que ce sixième épisode ne pouvait pas se contenter d’être un album supplémentaire.

Pour terminer l’histoire, Parry a une nouvelle fois appliqué la recette qui a toujours fait la particularité de Consortium Project : réunir autour de lui une impressionnante équipe internationale. On retrouve notamment Stephan Lill de Vanden Plas, Allan Sørensen (Pretty Maids), Kristoffer Gildenlöw (ex-Pain Of Salvation), Casey Grillo (ex-Kamelot, Queensrÿche), Andreas Passmark (Royal Hunt), Patrick Rondat, mais aussi les Français Johann Cadot et Ombeline Duprat d’Asylum Pyre.

Legacy Of Empires possède cette dimension conceptuelle qui a toujours caractérisé Consortium Project. Rien que les titres donnent le ton : « The Constellation Of The Stars », « Gods From The Heavens Above », « Pyramids Of Power », « The Secrets Of Creation » ou « The Burden Of Truth ».

On parle ici de civilisations, d’héritage, de pouvoir, de croyances, de connaissance et finalement de ce que l’humanité laisse derrière elle.

Le voyage commence avec « The Constellation Of The Stars », introduction de deux minutes vingt qui installe immédiatement une ambiance cinématographique. Ian Parry utilise notamment synthés, cordes et orgue pour poser les fondations d’un univers beaucoup plus vaste.

Pas besoin d’attendre longtemps avant d’entrer réellement dans le vif du sujet puisque « Legacy Of Empires » prend immédiatement le relais. Et voilà probablement l’un des grands morceaux de l’album. Le riff imaginé par Johann Cadot possède suffisamment de puissance pour porter toute la composition. Ian Parry a d’ailleurs expliqué qu’en entendant ce riff pour la première fois, il avait immédiatement compris qu’il tenait le morceau-titre et les fondations du nouvel album.

Le résultat justifie cet enthousiasme. « Legacy Of Empires » rassemble pratiquement tout ce que Consortium Project sait faire : guitares puissantes, arrangements progressifs, refrains mélodiques et cette dimension presque théâtrale apportée par les différentes voix. La présence d’Ombeline Duprat aux harmonies et aux chœurs ajoute encore davantage de relief.

Et puis il y a le solo de Patrick Rondat. Le guitariste français possède immédiatement suffisamment d’espace pour apporter sa signature sans transformer le morceau en concours de virtuosité. Voilà précisément ce qui fonctionne dans le Consortium Project : des musiciens capables de prouesses techniques, mais qui restent au service de la composition.

Avec « A Declaration Of Independence », le disque poursuit sur une dynamique particulièrement solide.

Cette fois, Stephan Lill occupe une place importante aux guitares et aux claviers. Et lorsque l’on connaît son travail avec Vanden Plas, difficile de ne pas reconnaître certaines caractéristiques de son jeu : des riffs puissants, une approche mélodique permanente et cette capacité à intégrer des passages plus techniques sans casser la dynamique du morceau.

Ian Parry se montre également particulièrement convaincant. Sa voix possède toujours cette identité immédiatement reconnaissable. Certes, les années ont passé, mais l’homme sait désormais parfaitement utiliser son registre. Plutôt que de chercher constamment les aigus ou la démonstration, il privilégie l’interprétation.

Et sur un album aussi narratif, c’est exactement ce qu’il fallait. « Gods From The Heavens Above » poursuit cette montée en puissance avec un morceau plus sombre et plus imposant. Les changements de rythme rappellent davantage les racines progressives du projet tandis que les différentes couches de claviers apportent une véritable profondeur.

On retrouve ici cette proximité naturelle avec des formations comme Vanden Plas, Elegy, Symphony X ou certaines périodes de Dream Theater, mais Consortium Project possède suffisamment d’expérience pour éviter de simplement reproduire les recettes de ses influences.

Puis arrive « A Kingdom For Heroes ». Probablement l’un des morceaux les plus immédiatement accessibles du disque. Le titre possède un refrain particulièrement fédérateur et une construction légèrement plus directe. Après plusieurs compositions riches en changements d’atmosphère, cette efficacité fait énormément de bien.

Ian Parry utilise également synthés, cordes et orgue sur ce morceau, ce qui lui apporte une ampleur presque cinématographique. Stephan Lill assure pour sa part guitares et claviers. C’est le genre de morceau capable de séduire aussi bien les amateurs de metal progressif que ceux de melodic metal.

Et surtout, il démontre quelque chose d’important : Consortium Project peut être ambitieux sans nécessairement être compliqué. Une distinction essentielle. La virtuosité n’est jamais une finalité. Lorsque Parry et ses musiciens trouvent le juste équilibre entre technique et mélodie, le résultat peut être remarquable.

« Pyramids Of Power » nous emmène ensuite vers une autre facette du concept. Le titre bénéficie cette fois du travail de Luca Sellitto aux guitares, tandis qu’Andreas Passmark de Royal Hunt tient la basse.

Peter Jan Kleevens ajoute également de l’orgue Hammond. Cette combinaison apporte une couleur légèrement différente. Le morceau reste profondément progressif mais possède également quelque chose de plus traditionnel dans ses guitares. Les orchestrations permettent d’entretenir cette impression de voyage à travers différentes civilisations et différentes époques.

« The Secrets Of Creation » poursuit logiquement cette exploration. Johann Cadot revient ici aux guitares et aux claviers, accompagné d’un solo de Manolo Arias. Le morceau est plus ramassé, moins de quatre minutes et permet au disque de respirer après plusieurs compositions plus imposantes. Encore une fois, Ian Parry démontre qu’il sait construire un album progressif sans considérer que chaque chanson doit nécessairement dépasser les huit ou dix minutes.

Avec « Awake The Forgotten Souls », Legacy Of Empires retrouve davantage de puissance. Les guitares de Stephan Lill reprennent le dessus tandis que la section rythmique durcit considérablement le propos. À la basse, on retrouve notamment Jan Bijlsma. C’est probablement l’un des morceaux où la frontière entre progressive metal et power metal devient la plus fine. Les riffs sont lourds, mais les harmonies restent omniprésentes. Et c’est peut-être là que se situe l’une des grandes qualités de cet album : la mélodie n’est jamais sacrifiée sur l’autel de la technique.

Même lorsque les structures deviennent complexes, Ian Parry cherche toujours un refrain, une ligne vocale ou une harmonie capable de ramener l’auditeur au cœur de la chanson.

« The Burden Of Truth » constitue ensuite l’un des moments les plus intéressants de la dernière partie. Le titre possède quelque chose de plus sombre et introspectif. Luca Sellitto assure ici guitares, cordes et solo tandis que Carmine Vivo tient la basse. 

À ce stade du disque, la notion de vérité prend évidemment une signification particulière. Après avoir traversé empires, croyances, héros et secrets de la création, le concept semble progressivement revenir vers l’homme. 

Car finalement, derrière toutes ces grandes civilisations, il reste toujours la même question : qu’allons-nous laisser derrière nous ? Et pour un artiste qui célèbre quarante-cinq années de carrière tout en annonçant le dernier chapitre de son projet, cette interrogation prend forcément une dimension supplémentaire.

ll fallait une véritable conclusion à une saga commencée en 1999. « Nature’s Eyes » remplit ce rôle avec beaucoup d’élégance.

Le morceau change sensiblement d’atmosphère grâce à plusieurs invités. Robert Finan assure la basse, Casey Grillo, ancien batteur de Kamelot aujourd’hui chez Queensrÿche prend place derrière les fûts, tandis que Stefan Weissmuller apporte piano et cordes. Mais la grande différence vient surtout de la présence de Brenda Davis, qui partage chant et harmonies.

Après toute la puissance développée auparavant, cette conclusion possède davantage d’humanité. Les arrangements s’ouvrent, la mélodie prend le dessus et le morceau donne réellement l’impression d’arriver au terme d’un voyage. C’est une excellente façon de refermer Legacy Of Empires.

Et peut-être Consortium Project lui-même ???

Malgré l’impressionnante liste d’invités, il ne faut jamais oublier que Consortium Project reste avant tout l’œuvre d’Ian Parry.

Le chanteur britannique possède cette capacité assez rare à réunir des musiciens issus d’univers différents tout en conservant une véritable cohérence artistique. 

Le parallèle avec Ayreon n’est d’ailleurs pas totalement fortuit : Parry a lancé Consortium Project dans un esprit similaire au projet créé par son ancien partenaire de Vengeance Arjen Lucassen, en rassemblant différents amis et collaborateurs autour d’une vision commune.

Mais là où Ayreon s’aventure très loin dans le space rock, la science-fiction et le progressif, Consortium Project conserve davantage de racines dans le heavy metal européen.

Et c’est précisément cette combinaison qui donne au projet son identité.

Sur Legacy Of Empires, Ian Parry ne cherche pas non plus à monopoliser l’espace. Il laisse ses invités respirer, apporte ses harmonies et ses chœurs, intervient ponctuellement aux claviers et agit finalement comme un véritable réalisateur.

Si Legacy Of Empires constitue réellement le dernier chapitre de Consortium Project, alors Ian Parry peut refermer le livre avec une certaine satisfaction.

Le disque possède tout ce qui a fait la particularité de cette aventure depuis 1999 : une ambition conceptuelle, une distribution internationale impressionnante, des guitares puissantes, des arrangements progressifs et surtout cette volonté permanente de faire cohabiter virtuosité et mélodie.

Tout n’est pas immédiatement accessible.  Tout n’est peut-être pas indispensable. Mais l’album possède une vraie personnalité.

Et dans une époque où tant de productions de metal mélodique finissent par devenir interchangeables, c’est déjà beaucoup.

Plus encore, ce sixième album ressemble à une manière de regarder le chemin parcouru.

Quarante-cinq années de carrière. Plus d’un quart de siècle de Consortium Project. Des dizaines de musiciens rencontrés. Six chapitres.

Et finalement une question qui traverse tout Legacy Of Empires : que reste-t-il lorsque les empires disparaissent ?

Pour Ian Parry, la réponse pourrait bien être assez simple.

Les chansons.

 


Les Titres:

1.    The Constellation Of The Stars
2.    Legacy Of Empires
3.    A Declaration Of Independence
4.    Gods From The Heavens Above
5.    A Kingdom For Heroes
6.    Pyramids Of Power
7.    The Secrets Of Creation
8.    Awake The Forgotten Souls
9.    The Burden Of Truth
10.    Nature’s Eyes

 

Découvrir l’album:

À écouter en priorité : Legacy Of Empires, A Declaration Of Independence, A Kingdom For Heroes, Awake The Forgotten Souls et Nature’s Eyes.

Note 19/20

Stay Tuned

Doc Olivier


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