📅 29 Août 1989 – Giant – Last of the Runaways par le Doc.

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Il existe des albums qui représentent tellement bien leur époque qu’ils finissent par la dépasser. Last of the Runaways, premier album de Giant, appartient incontestablement à cette catégorie. Sorti le 29 août 1989 chez A&M Records, il débarque au moment où le hard rock mélodique règne encore sur les radios américaines. Pourtant, derrière son apparence très « fin des années 80 », ce disque possède quelque chose de plus : des compositions remarquables, une production immense et, surtout, un musicien exceptionnel nommé Dann Huff.

Giant réunit alors Dann Huff au chant et à la guitare, son frère David Huff à la batterie, Alan Pasqua aux claviers et Mike Brignardello à la basse. La production est confiée à Terry Thomas, et le résultat est d’une clarté impressionnante : guitares puissantes, claviers parfaitement intégrés, chœurs énormes et section rythmique qui conserve suffisamment de poids pour empêcher Giant de basculer dans un AOR trop policé.

Mais dès les premières secondes de “I’m a Believer”, une évidence s’impose : Dann Huff n’est pas seulement un excellent chanteur. C’est un guitariste phénoménal.

L’introduction constitue à elle seule une déclaration d’intention. Huff fait parler sa guitare avant que le morceau ne se transforme en une formidable machine de Hard FM : gros refrain, rythme soutenu, claviers et guitares qui se répondent et mélodie immédiatement mémorisable. Tout ce que Giant va proposer pendant l’album est déjà là.

C’est probablement ce qui différencie Last of the Runaways de nombreux albums ultra-techniques de l’époque. Giant aurait pu construire son disque autour des prouesses de Dann Huff. Le groupe choisit au contraire de mettre cette virtuosité au service des chansons.

“Innocent Days” en apporte rapidement la preuve. Plus aérien, terriblement mélodique, le morceau possède un refrain superbe et montre cette capacité de Giant à mélanger puissance américaine et sophistication AOR.

Puis arrive “I Can’t Get Close Enough”. Plus long, plus groovy et légèrement plus musclé, il permet à la basse de Mike Brignardello de prendre davantage d’espace. Dann Huff y alterne riffs et interventions solistes avec une facilité presque insolente.

Et puis vient LA ballade. Écrite par Alan Pasqua et Mark Spiro, “I’ll See You in My Dreams” est devenue la chanson emblématique de Giant. Et difficile de résister.

Le morceau possède tous les ingrédients de la grande power ballad américaine : des couplets délicats, une progression émotionnelle parfaitement maîtrisée et surtout un refrain gigantesque. Mais la voix de Dann Huff lui évite de sombrer dans le sentimentalisme excessif.

Plus de trois décennies après, la chanson conserve intact son pouvoir émotionnel. Quelques secondes suffisent pour replonger directement dans cette période où Journey, Survivor, Bad English, Foreigner ou Bon Jovi pouvaient transformer une ballade rock en véritable hymne.

Il serait pourtant injuste de réduire Last of the Runaways à ses mélodies romantiques.

“No Way Out” remet immédiatement du groove dans la machine avec son orgue et ses guitares mordantes. “Shake Me Up” accélère encore les choses : batterie puissante, chœurs massifs et guitares en avant. Voilà le Giant le plus hard rock.

“It Takes Two” revient ensuite vers un registre plus mélodique. Encore une composition signée Alan Pasqua et Mark Spiro, et encore un refrain qui semble avoir été conçu pour rester dans la tête pendant des heures.

Puis “Stranger to Me” ralentit le tempo et apporte une coloration plus bluesy. C’est aussi l’une des grandes forces de cet album : derrière l’étiquette Hard FM se cachent beaucoup plus de nuances qu’il n’y paraît.

Au milieu des classiques évidents du disque, “Hold Back the Night” mérite une place particulière.

C’est peut-être l’un des morceaux qui résume le mieux Giant : mélodie immédiate, batterie puissante, refrain monumental et guitare omniprésente sans jamais étouffer la chanson.

On retrouve cette sensation que pouvaient procurer les meilleurs albums de Survivor, avec néanmoins une guitare beaucoup plus spectaculaire.

“Love Welcome Home” apporte ensuite une nouvelle respiration mélodique avant que “The Big Pitch” ne referme l’album avec davantage de mordant. Dann Huff peut alors se permettre quelques nouvelles démonstrations guitaristiques et rappeler une dernière fois quel instrumentiste extraordinaire il est.

Impossible de parler de Last of the Runaways sans revenir sur Dann Huff. Excellent chanteur, compositeur et guitariste virtuose, il possède surtout cette qualité rare : il sait quand ne pas jouer. Ses solos sont techniques mais restent mélodiques. Ses riffs servent les refrains. Ses interventions surgissent exactement au bon moment. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles l’album vieillit aussi bien. Car derrière la production typiquement 1989, il y a de vraies chansons.

C’est finalement toute l’histoire de Last of the Runaways.Giant possède les musiciens.Les chansons.Le son.Le look.Une maison de disques importante.Et même une ballade capable d’entrer dans le Top 20 américain.Mais nous sommes déjà en 1989.

Quelques années plus tôt, un album pareil aurait peut-être transformé Giant en superstar internationale. Quelques années plus tard, l’explosion du rock alternatif allait profondément bouleverser le marché américain.

Giant se retrouve ainsi dans cette étrange position : avoir réalisé l’un des grands albums du Hard Rock mélodique américain au moment où l’âge d’or du genre commence doucement à approcher de sa fin.

Cela n’enlève absolument rien à sa valeur. Au contraire.

Aujourd’hui, Last of the Runaways reste un formidable témoignage de ce que le Hard FM pouvait produire lorsqu’il réunissait grandes chansons, musiciens exceptionnels et production ambitieuse.

C’est un classique du Hard Rock mélodique.

Last of the Runaways fait partie de ces albums qui rappellent pourquoi nous aimons autant le Hard Rock mélodique : des guitares, des refrains immenses, de l’émotion et cette sensation qu’une grande chanson peut encore vous ramener instantanément trente-sept ans en arrière.

Stay Tuned

Olivier

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