Sorti initialement en 2024, A Fortress Called Home avait confirmé tout le potentiel de Seven Spires, formation américaine capable de faire cohabiter metal symphonique, power metal, progressif et influences beaucoup plus extrêmes sans perdre son identité. Deux ans plus tard, le groupe revient sur cet album avec une Master Key Edition qui porte particulièrement bien son nom : il ne s’agit pas d’ajouter deux bonus pour justifier une nouvelle édition, mais véritablement d’ouvrir toutes les portes de la forteresse.
Au centre de l’aventure reste évidemment Adrienne Cowan. Chanteuse, claviériste, orchestratrice et véritable force créatrice du groupe, elle possède une polyvalence vocale assez exceptionnelle. Chant clair, envolées lyriques, passages plus fragiles ou vocaux extrêmes : Seven Spires peut changer complètement de visage en quelques secondes. Autour d’elle, Jack Kosto aux guitares et à la production, Peter de Reyna à la basse et Chris Dovas à la batterie construisent une musique aussi technique qu’émotionnelle.
Le premier disque permet naturellement de retrouver A Fortress Called Home dans son intégralité. Après l’introduction cinématographique du morceau-titre, « Songs Upon Wine-Stained Tongues » constitue une entrée en matière spectaculaire : riffs rapides, orchestrations monumentales, mélodies power metal et agressivité beaucoup plus extrême s’entrechoquent sans jamais donner l’impression d’avoir été artificiellement assemblés.
C’est justement ce qui rend Seven Spires aussi intéressant.
« Almosttown » révèle une facette plus immédiatement mélodique, tandis qu’« Impossible Tower » assombrit considérablement l’atmosphère. Puis « Architect Of Creation » remet la violence au premier plan avec des éléments beaucoup plus proches du black metal symphonique. A Fortress Called Home refuse constamment de choisir entre beauté et brutalité.
À l’autre extrémité du spectre, « Love’s Souvenir », « Portrait Of Us » ou le magnifique « The Old Hurt Of Being Left Behind » montrent combien Seven Spires sait également construire des atmosphères beaucoup plus émotionnelles. Plusieurs invités participent d’ailleurs à l’album, parmi lesquels Alessandro Conti, Kristin Starkey, Ty Christian, David Åkesson et Angelica Åkesson.
Mais l’intérêt principal de cette nouvelle édition commence réellement avec les deux autres disques.
Le CD2 propose l’intégralité de l’album en versions instrumentales. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas uniquement une curiosité destinée aux collectionneurs. Sans les performances vocales impressionnantes d’Adrienne Cowan, on découvre beaucoup plus précisément le travail réalisé sur les guitares, la section rythmique et surtout les orchestrations. Certains morceaux prennent presque une nouvelle dimension.
Le troisième disque est encore plus passionnant.
Six compositions « Songs Upon Wine-Stained Tongues », « Almosttown », « Love’s Souvenir », « Architect Of Creation », « Portrait Of Us » et « The Old Hurt Of Being Left Behind » sont proposées sous forme de versions orchestrales instrumentales. C’est d’ailleurs la première fois que Seven Spires publie officiellement ce type d’arrangements, quelque chose qu’Adrienne Cowan explique avoir voulu faire depuis longtemps.
Et là, toute la dimension cinématographique du groupe apparaît au grand jour.
Débarrassées des guitares metal, ces compositions montrent à quel point les orchestrations ne sont pas simplement un habillage posé derrière les morceaux. Elles constituent une véritable partie de leur architecture. Pour un groupe qualifié de « symphonique », la nuance est importante.
La dernière partie du troisième CD nous ramène ensuite sur scène avec des enregistrements provenant notamment de Tilburg et Montréal. On y retrouve « A Fortress Called Home », « Songs Upon Wine-Stained Tongues », « Architect Of Creation » et « Love’s Souvenir », mais également des morceaux plus anciens comme « Succumb », « Wanderer’s Prayer » et « Gods Of Debauchery ».
Cette partie live rappelle surtout que derrière la sophistication des arrangements se trouve un véritable groupe de metal capable de restituer cette musique particulièrement exigeante sur scène.
Ajoutons enfin une version acoustique de « House Of Lies » au premier disque et l’on obtient une édition réellement généreuse : album original enrichi, versions instrumentales, arrangements orchestraux et performances live.
La Master Key Edition n’est donc pas indispensable à celui qui possède déjà A Fortress Called Home et souhaite simplement écouter les chansons originales. Mais pour les amateurs de Seven Spires, elle apporte suffisamment de matière nouvelle pour largement dépasser le statut de simple réédition.
Surtout, elle permet de mesurer l’incroyable richesse musicale de ce groupe.
Seven Spires peut être mélodique, brutal, progressif, symphonique, théâtral et parfois presque cinématographique au sein d’un même morceau. Et Adrienne Cowan possède suffisamment de personnalité pour maintenir tous ces univers ensemble.
Deux ans après sa sortie, A Fortress Called Home reste donc une œuvre impressionnante. Avec cette Master Key Edition, Seven Spires ne reconstruit pas la forteresse. Il nous en donne simplement toutes les clés. Le vrai plus de cette édition : les six versions orchestrales du troisième CD, qui permettent de découvrir sous un angle totalement différent la richesse des compositions de Seven Spires.
Découvrir l’album:
À écouter en priorité : Songs Upon Wine-Stained Tongues, Almosttown, Architect Of Creation, Portrait Of Us et The Old Hurt Of Being Left Behind.
Note 18/20
Stay Tuned
Doc Olivier



