Le 8 septembre 1992, Ugly Kid Joe passe à la vitesse supérieure avec America’s Least Wanted. Après le carton de l’EP As Ugly as They Wanna Be, le groupe californien doit confirmer. Il le fait avec un premier véritable album bourré d’énergie, d’humour et de refrains accrocheurs, à une époque où le grunge est pourtant en train de bouleverser complètement le paysage du rock américain.
Ugly Kid Joe possède alors une arme redoutable : Whitfield Crane. Charismatique, provocateur et doté d’une voix capable de passer du chant mélodique à une attaque beaucoup plus agressive, il incarne parfaitement cette bande de gamins qui semble ne jamais vouloir prendre les choses trop au sérieux.
Dès « Neighbor », le ton est donné. Le riff est massif, le refrain immédiatement mémorisable et l’humour typiquement Ugly Kid Joe. « Goddamn Devil » pousse davantage le curseur vers le heavy metal, avec un invité particulièrement prestigieux puisque Rob Halford de Judas Priest participe aux chœurs.
Mais réduire America’s Least Wanted à un disque de hard rock potache serait une erreur. « Busy Bee » montre un visage plus mélodique, tandis que « So Damn Cool » porte parfaitement son nom : groove, attitude et refrain taillé pour être repris à plein volume.
Le groupe réussit surtout un énorme coup avec sa reprise de « Cats In The Cradle », chanson de Harry Chapin datant de 1974. Ugly Kid Joe conserve toute l’émotion de l’original tout en lui donnant une puissance rock nouvelle. Le morceau deviendra l’un des plus grands succès internationaux du groupe.
Et puis il y a évidemment « Everything About You ». Déjà présent sur l’EP As Ugly as They Wanna Be, il trouve logiquement sa place sur l’album et reste probablement le morceau qui définit le mieux Ugly Kid Joe : sarcastique, insolent, simple, terriblement accrocheur et impossible à sortir de la tête.
Des titres comme « Panhandlin’ Prince », « Don’t Go » ou « Madman » complètent un album beaucoup plus varié qu’il n’y paraît, mélangeant hard rock, heavy metal, funk et rock alternatif sans véritablement se soucier des étiquettes.
Plus de trente ans après, America’s Least Wanted reste un disque à part dans le paysage rock du début des années 90.
Ugly Kid Joe débarquait au moment précis où les règles changeaient. Trop décontracté pour le heavy metal traditionnel, trop heavy pour appartenir réellement au rock alternatif et beaucoup trop irrévérencieux pour se prendre au sérieux, le groupe avait finalement trouvé la meilleure solution : ne ressembler qu’à lui-même.
Derrière les grimaces et l’humour se cachait surtout une sacrée collection de chansons.
En 1992, ils étaient peut-être “America’s Least Wanted”. Trente-quatre ans plus tard, on prend toujours autant de plaisir à les inviter dans nos enceintes.
À écouter en priorité : Neighbor • Goddamn Devil • Busy Bee • So Damn Cool • Cats In The Cradle • Everything About You
Stay Tuned
Doc Olivier
