🟠 [Chronique] Warner E. Hodges – Absolutely (2026) par le Doc. 🟠  

4.7
(90)

Il y a des musiciens qui semblent incapables de vieillir. Non pas parce qu’ils cherchent désespérément à retrouver leur jeunesse, mais simplement parce que le rock’n’roll continue de couler dans leurs veines. Warner E. Hodges appartient clairement à cette catégorie.

Guitariste emblématique de Jason & The Scorchers, compagnon de route de Dan Baird & Homemade Sin, membre de The Bluefields et auteur depuis plusieurs années d’une belle carrière sous son propre nom, Hodges a passé une grande partie de sa vie avec une guitare autour du cou. Et avec Absolutely, son nouvel album paru en 2026, il ne change surtout pas une formule qui lui correspond parfaitement.

Du rock’n’roll. Du vrai. Celui qui sent Nashville, les clubs, les kilomètres avalés dans un van, les amplis poussés beaucoup trop fort et les lendemains de concerts difficiles.

Dès « Carried Away », Warner annonce la couleur. Guitares en avant, rythmique qui roule et cette manière très américaine de mélanger rock, country et énergie punk. C’est précisément ce mélange qui avait permis à Jason & The Scorchers de devenir l’un des pionniers de ce que l’on appellera ensuite le cowpunk.

Le morceau-titre « Absolutely » poursuit dans cette direction avec moins de trois minutes d’un rock direct et particulièrement efficace. Pas de solo interminable, pas d’arrangements inutiles : un riff, une mélodie, une guitare qui claque et cette attitude que Warner Hodges possède depuis toujours.

Et surtout, ça groove. Car derrière cette apparente simplicité se cachent des musiciens qui savent parfaitement ce qu’ils font.

Pour Absolutely, Hodges s’est entouré d’une sacrée bande avec notamment Mauro Magellan, Keith Voegele, Joe Blanton, Pete “Wetdawg” Gordon et évidemment son vieux complice Dan Baird. Une réunion qui explique en grande partie cette sensation permanente d’écouter des musiciens jouer ensemble plutôt qu’un album assemblé morceau par morceau en studio.

« The Hottest Thing In Town » possède justement ce parfum de rock sudiste et de bar-band américain que l’on associe immédiatement à l’univers des Georgia Satellites ou de Dan Baird. Les guitares sont sales juste comme il faut et Warner n’essaie jamais de transformer sa voix en quelque chose qu’elle n’est pas.

Il raconte. Il gueule parfois. Il vit surtout ses chansons. Et c’est largement suffisant.

« Happy Wife Happy Life » révèle également cette facette pleine d’humour qui accompagne depuis longtemps le personnage. Chez Warner Hodges, le rock’n’roll n’a jamais été une affaire de poses dramatiques. Il faut pouvoir jouer fort, boire un verre, raconter une histoire et surtout passer un bon moment.

Plus loin, « Still Got A Ways To Go » possède presque valeur de profession de foi.

À plus de quarante années de carrière, Warner Hodges pourrait parfaitement se contenter de rejouer les classiques de Jason & The Scorchers et de vivre sur son statut de guitar hero underground.

Ce n’est manifestement pas dans son caractère. Il continue d’enregistrer, de tourner et surtout de défendre cette musique avec la même énergie. Absolutely ne cherche donc jamais à devenir moderne. Et c’est probablement sa plus grande qualité.

On y retrouve naturellement l’esprit de Jason & The Scorchers, mais également celui des Georgia Satellites, de Dan Baird, des Stones, de l’Americana et de toute cette tradition américaine où country et rock’n’roll peuvent partager la même bouteille sans se demander dans quelle catégorie ranger la musique.

La guitare de Warner reste évidemment au centre de tout.

Son jeu est immédiatement identifiable : nerveux, instinctif, parfois presque sauvage, mais toujours profondément ancré dans le groove. Hodges n’est pas le genre de guitariste qui cherche à impressionner avec vingt notes lorsqu’une seule suffit.

Il préfère faire bouger une salle. Et après toutes ces années, il sait toujours parfaitement comment s’y prendre. C’est finalement tout le charme d’Absolutely. Cet album ne changera pas l’histoire du rock. Il n’essaie même pas.

Il rappelle simplement pourquoi cette musique peut encore procurer autant de plaisir lorsqu’elle est jouée par des types qui la connaissent, la comprennent et surtout la vivent depuis toujours.

Warner E. Hodges n’a plus rien à prouver. Mais visiblement, il possède encore énormément de choses à jouer. Et tant qu’il restera une guitare, un ampli et quelques personnes prêtes à monter le volume, on peut raisonnablement penser qu’il sera dans les parages.

Absolutely ? Le titre est finalement parfaitement choisi.

 


Découvrir l’album:

https://open.spotify.com/intl-fr/album/1UApGJQuYb1u64sOoPAxP4?si=6RiqBk62T1KzJ4nSf3TovA

À écouter : Carried Away, Absolutely, The Hottest Thing In Town, Happy Wife Happy Life et Still Got A Ways To Go.

Note 18/20

Stay Tuned

Doc Olivier


Doc Olivier
Animateur
A propos: Olivier est le créateur de la radio vinylestimes et anime l'émission Last Ride le Dimanche à 18 Heures.
Président de l'association vinylestimes
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